Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 01:04

Elle possède l’étoffe d’une star internationale, faisant preuve d’une énergie foudroyante. Le 23 mai dernier, K-Bust, une chanteuse néoquébécoise d’origine chilienne, devait vivre l’un des plus grands moments de sa carrière grâce au lancement officiel de son premier CD en anglais. C’est accompagnée de quelques musiciens et d’une troupe de danseuses qu’elle en met plein la vue au public invité, composé en bonne partie de membres des médias, de photographes et de quelques amis.

Bien connue dans le milieu latinoaméricain pour avoir fait la première partie de Los Prisoneros, le groupe rock le plus populaire du Chili, et pour avoir participé à des spectacles-bénéfices dans des causes comme le tremblement de terre survenu dans son pays d’origine, elle demeure une belle surprise pour le public d’ici. Le blogue de Luc R était présent à l'évènement organisé par PUR Communications et est heureux de présenter cette chanteuse à ses lecteurs. 

30mai-0d

K-Bust, dans une histoire urbaine

À la découverte d’une artiste polyvalente

K-Bust m’explique être littéralement née pour le monde musical : Ce n’est pas moi qui ai choisi la musique, mais la musique qui m’a choisie, confie au blogue de Luc R celle qui, dès son jeune âge, s’est entichée de compositeurs classiques comme Mozart et Beethoven. Ainsi, aura-t-elle fréquenté le Conservatoire pour y apprendre divers instruments, pour plus tard prendre des cours de chant selon la méthode russe. Au-delà de ces formations officielles, l'artiste attribue une grande partie de ses apprentissages à ses initiatives autodidactes. 

Pourtant, j’ai bien essayé de faire d’autre chose, ajoute-t-elle avant de prendre la décision de poursuivre ses rêves. Mais comment passe-t-on du classique au pop-soul / R & B, son genre actuel, remplaçant la douce symphonie par le rythme trépidant de la vie urbaine? La chanteuse répond qu’elle ne s’impose pas de limite, chaque genre musical reflétant une réalité valable et complémentaire.

30-mai-2012a

L'évènement se voulait haut en couleur. En haut, à droite, l'humoriste Renaud Lefort

Il faut croire que les principaux artisans du milieu musical partagent son avis. En 2007, elle est consacrée meilleure auteure-compositrice-interprète par la prestigieuse Université McGill. Et depuis 2008, elle multiplie les présences sur la scène internationale. À ce sujet, elle garde un souvenir immuable de sa collaboration avec Alan Prater, l’un des choristes de Michael Jackson, tout comme elle se sent privilégiée d’une chanson enregistrée avec Benoît Jutras, compositeur du Cirque du Soleil, qui aura connu du succès aussi bien à Macao qu’à Hong Kong.

Malgré ces grands instants de vie, le meilleur est à venir, puisqu’elle prend confiance en ses talents d’auteure, et que sa rencontre avec Sonny Black se conclut par la production de Urban Stories.

Une chanteuse engagée

Le CD comprend neuf chansons en anglais et deux autres en espagnol, ce qui lui permet de rejoindre un vaste public. Dans l’entrevue qu’elle m’a accordée dans un français impeccable, l’artiste polyglotte se définit comme une chanteuse engagée et porte une attention particulière à la rédaction des paroles de ses chansons. J’ai toutefois oublié de lui demander si elle se sentait de connivence avec le grand poète chilien, et récipiendaire d’un prix Nobel de littérature 1971, Pablo Neruda qui affirmait que s’il nous était impossible de nous sauver de la mort, que l’amour puisse alors nous sauver de la vie. Ou d’une autre célébrité du Chili, Violeta Parra, qui a fait cadeau à l’humanité de son célèbre Gracias a la Vida, sans compter la torture vécue par Victor Jara au nom de la liberté et de la justice. Après tout K-Bust ne m’a-t-elle pas dit qu’elle se sentait sensible à la question des droits humains, à la liberté d’expression, au droit à l’éducation et à l’émergence d’une société plus équitable?

30-mai-2012b

 

D'ailleurs, elle relève solidement les épaules et m’affirme sur un ton solennel. Je suis environnementaliste 24 heures sur 24, un thème qu’elle reprend dans Humo, une réflexion existentialiste qui démontre une recherche sur soi, poétiquement associée à la fumée, à l’atmosphère terrestre et à la sécheresse : Lluvia que no cae […] que ha aumentado el dolor por dentro. […] Será que el miedo no tiene tiempo de saber quien soy (Traduction libre : La pluie qui ne tombe pas a augmenté la douleur de l’intérieur…Serait-ce que la peur n’a pas le temps… de [me montrer] qui je suis.)

Lors de notre échange, elle admet s’intéresser beaucoup à l’unité planétaire, un point de vue au cœur même des visées interculturelles et internationales du blogue de Luc R. Aux yeux de la chanteuse, les êtres humains ne forment qu’un seul véritable peuple. Je croirais entendre le grand poète argentin Facundo Cabral, ou Alberto Cortés, qui n’admettaient pas qu’on dise d’eux qu’ils sont des étrangers. K-Bust aborde l’universel dans une merveilleuse chanson, We’re one. Elle y affirme clairement que les pays reflètent des frontières purement arbitraires, avant de lancer une supplique à l’humanité, lui demandant de libérer son âme et son esprit en vue de transformer la haine en amour pour, d’une certaine manière, nous permettre de créer notre propre destinée.

Optimiste face à l’avenir, K-Bust perçoit l’émergence d’un monde moins individualiste. La réalité donnera-t-elle raison à cette vision futuriste?

 30-mai-2012d.jpg

Face aux aléas de la vie, la jeune femme éprouve aussi beaucoup d’affection et d’admiration à l’endroit de sa mère, sa meilleure amie, et lui dédie une chanson en conséquence. Cause all I got from you, It’s more than I deserve. When I start feeling alone. It’s you that I’m looking for. Clairement, K-Bust se présente à nous tel un livre ouvert, nous confiant certains de ses secrets intimes, parlant par moments de solitude et d’amour.

Quelques mots sur le spectacle

Si les textes se veulent sérieux, la musique est au contraire dynamique et constitue une invitation à la danse. En cela, K-Bust donne raison à Jennifer Gélinas, de l’excellent duo musical D’Kaña, qui a découvert dans la culture latine une forme de résilience qui porte les évènements les plus graves dans des airs d’espoir et, je me permettrai d’ajouter, sous le vent d’une solidarité fraternelle à toute épreuve et d’un appel au combat personnel contre l’adversité. En dépit des grands problèmes vécus dans ces pays en développement, le mot d’ordre repose sur l’expression du bonheur et la recherche collective de solutions: un grand non à la dépression. La fougue de K-Bust illustre cet état d’être de manière frappante et contagieuse.

 

Lors du lancement de Urban Stories, le public a pu voir des images vidéos de la ville côtière Valparaiso, en plus de découvrir la fraîcheur de cette artiste entourée de musiciens et d’autres professionnels du showbiz. Puis, l’humoriste Renaud Lefort, agissant en maître de cérémonie, a présenté les principaux faits d’armes de K-Bust.

L’entrée en scène de la star s’est produite sous la fumée d’ambiance et une musique tonitruante; un show haut en couleur a plongé les spectateurs dans l’univers de la danse et de la chanson. K-Bust se sentait visiblement très à l’aise et heureuse de vivre ce moment que l’une de ses meilleures amies qualifiera de réalisation d'un rêve.

Le mot de la fin

Tel que mentionné au début de cet article, K-Bust possède tous les attributs pour connaître un grand succès international. Jeune, dynamique; elle offre un son de qualité et peut chanter dans plusieurs langues. De plus, elle sait toucher aussi bien le cœur des amateurs de musique que de textes.

Je voudrais terminer cet article en rappelant qu’il est possible de l’entendre à la radio les 15 et 16 juin et de la voir en concert au club Balattou le 5 juillet prochain. Pour être tenu au courant de ses sorties publiques, pour entendre des extraits de ses chansons ou pour se procurer Urban Stories, il suffit de consulter le site Internet officiel de la chanteuse : http://www.kbust.com.

Texte : Luc Renaud, M.A. Sciences de l’éducation, le 30 mai 2012

Photos: Omaira Rincones 

Par Luc Renaud - Publié dans : Showbiz - Communauté : Blogueurs du Québec
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 28 mai 2012 1 28 /05 /Mai /2012 01:00

Proud est un projet de pièce de théâtre du dramaturge Michael Healy, qui présente au public une vision personnelle et satirique de la scène politique fédérale canadienne. Dans cette œuvre, sujet à la controverse, il est directement question des jeux de manipulation de l’opinion publique et des stratégies du pouvoir. Pour la comédienne Kristina Sandev, qui y a tenu l’un des rôles principaux, le texte laisse étonnamment  entrevoir le visage humain d’un homme souvent démonisé, mais qui veut améliorer les choses à sa manière, un chef d’État aux idées plutôt tordues, qui n’écoute pas la masse... Un homme pas cool.

Des lectures de Proud ont eu lieu à Toronto, à Winnipeg, à Whitehorse, à Thunder Bay, à North Bay et à Montréal. Lors de cette dernière représentation, près d’une centaine de spectateurs réunis au MainLine Theatre sur Saint-Laurent participaient au même moment au tournage d’un documentaire sur l’œuvre. Chacune de ces prestations a pour but d’améliorer le texte, suivant en cela un processus work In progress devant mener à une pièce jouée à Toronto à l’automne 2012.

Théâtralement, Proud est une véritable bombe à retardement. Voici en quoi.

-          Quelques aspects de la pièce

Le PM de Proud affirme avoir été élu pour imposer au peuple une attitude de discipline découlant notamment de la réduction des services à offrir à la population. Il s’estime également heureux d’avoir obtenu une bonne majorité, sans que celle-ci soit trop forte, ce qui permettrait de mieux confondre les médias. Il exigera, par exemple, à l’une de ses ministres de vendre corps et âme une loi pro-vie dans le seul but de soulever la controverse et de distraire l’opinion publique. Ainsi, aura-t-il les coudées franches pour mettre en place un ensemble de mesures encore plus discutables.

P1130039.JPG

Tom Hein et Kristina Sandev, fiers de leur performance dans Proud

Cette ministre est jouée avec brio par Kristina Sandev, que le lecteur régulier du blogue de Luc R connaît déjà puisqu’elle a tenu un rôle important dans Scènes choisies de Feydeau du collectif Jouer pour le plaisir, dirigé par Mylène Thériault en juin 2011. Kristina nous avait aussi accordé une entrevue quelques mois plus tard, Kristina Sandev et Shawn Baichoo : l’ouverture culturelle et la polyvalence .

Cette fois-ci, elle incarne une mère célibataire ayant elle-même subi plusieurs avortements; et, comme ministre, appelée à se sacrifier pour les autorités politiques. Elle considère ce rôle très intéressant, surprenant, et parlera d’une femme astucieuse qui manœuvre bien à sa manière l’art de la manipulation. Notamment, la ministre usera beaucoup de son charme en adoptant une attitude plutôt légère à l’endroit de ses confrères politiciens. Du personnage du PM, elle nous avouera que des membres du public avaient à plusieurs moments éprouvé le goût de lui foutre le poing au visage… La personnalité détestable de celui-ci étant rendue à merveille par le comédien Tom Hein, par le biais notamment de déclarations incendiaires.

-          Des déclarations incendiaires

Le personnage central de l’œuvre de Healy affirmera, par exemple, préférer laisser son intégrité personnelle dans sa vie privée plutôt que de la transporter au Parlement. Voici d’autres énoncés tout aussi provocateurs de Proud : Les hommes détestent les femmes; ce qui tombe bien puisque les femmes se haïssent entre elles. Ou encore : La majorité des gens n’ont pas de croyances, mais des émotions et des observations. Les gens n’ont pas besoin de penser en ce qu’ils croient [Traduction libre]. Le PM de Michael Healy se sentira alors justifié de mettre l’accent sur l’importance de croire en soi et en la poursuite de l’excellence au-delà de la vie politique. Ce qui lui donnera l’occasion de considérer les relations politiques internationales et nationales comme de simples moyens en vue d’exercer son propre pouvoir.

28-mai-2012.jpg 

Kristina me dira que la distribution montréalaise a procédé, avec l’autorisation de l’auteur, à des retranchements de dialogues, de manière à  ce que le texte soit de longueur raisonnable. De toute évidence l’auteur, qui a choisi de se lancer seul dans cette aventure théâtrale, en avait long sur le cœur. La comédienne insistera également sur le fait qu’il s’agit d’une fiction, et non de la réalité. Même l’épilogue qui nous montre le fils de la ministre justifier les conditions de la démission de sa mère est purement imaginaire. Le jeune homme insistera sur le fait que la moralité est un outil employé contre les gens. Il ajoutera que notre vie facile nous place devant l’obligation d’offrir le meilleur de soi pour assurer une distribution équitable des ressources. Il se montre aussi d’avis qu’en matière de luttes sociales, on échoue souvent, mais pas complètement; et ajoute que c’est ce pas complètement qui serait à l’origine du réel progrès.

-          une critique qui porte à réflexion

N’étant guidé que par un souci journalistique, je me dégage clairement des propos tenus par le dramaturge. Toutefois, Proud fait réfléchir et nous rappelle des réflexions du linguiste et philosophe américain Noam Chomsky concernant 10 stratégies de manipulation des masses. En voici la liste : 1) la diversion, 2) la création d’un problème pour offrir SA solution, 3) la dégradation, 4) le différé, 5) l’emploi d’un ton infantilisant, 6) faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion, 7) maintenir dans l’ignorance, 8) laisser se complaire dans la médiocrité, 9) culpabiliser et 10) donner l’impression de mieux connaître l’individu qu’il ne se connaît lui-même…

Sur le plan théâtral, je considère que nous avons là une œuvre puissante et lue avec brio par des comédiens intelligents. Elle soulève également le voile sur une vision cynique du milieu politique, mais partagée par de nombreux citoyens - pas tous de la gauche -, à en juger par les propos entendus au hasard des rencontres personnelles ou des fêtes informelles. Et comme le révèle aussi le faible taux de participation aux élections municipales, provinciales et fédérales au Canada. La pièce n’y décrit pas seulement les travers des autorités, mais aussi la fragilité d’une opinion publique qu’il serait possible de manipuler à loisir grâce aux manœuvres des stratèges de partis politiques.

kristina-28-05-12.jpg

Rêve, utopie ou promesses de changements? À la Soirée des grands communicateurs de la Téléuniversité (Téluq) en mars 2012, Yanick Deschênes se disait d’avis que l’avenir des communications exigeait de l’honnêteté et de la transparence, des conditions imposées par les médias sociaux et auxquelles devront aussi se plier les organisations politiques.

Le mot de la fin

Je voudrais terminer cet article sur une note enthousiaste en faisant brièvement le point sur la carrière de Kristina Sandev. En plus du rôle important qu’elle a tenu dans l’œuvre de Michael Healy, la comédienne a participé à un court métrage, The Race of Life du scénariste Michael Sullivan, qui a été montré récemment au Short Film Corner du célèbre Festival de Cannes. Toutes mes félicitations à l’équipe de M. Sullivan et à Kristina. Cette expérience fera partie d’un nouvel article à ne pas manquer dans le blogue de Luc R.

Kristina Sandev ... Retenez bien ce nom!

Texte : Luc Renaud, M.A. Sciences de l’éducation, le 28 mai 2012

À lire aussi dans le blogue:

 

Par Luc Renaud - Publié dans : Politique/Emploi/social - Communauté : Blogueurs du Québec
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 02:41

educavox 

Cet article est aussi publié dans ÉducaVox à l’adresse suivante : http://www.educavox.fr/formation/debats-50/article/partage-d-experiences-et-de

Un accompagnement scolaire pour apprendre à apprendre

 

Pris entre l’arbre et l’écorce, nous voulons nous défaire d’un modèle scolaire qui enferme des étudiants dans un édifice, alors que toutes les activités humaines recèlent de profondes sources d’apprentissage et que les outils numériques constituent de puissants moyens d’accès aux savoirs. Les taux de décrochage scolaire relativement élevé et la non-poursuite d’études postsecondaires refléteraient souvent davantage une préférence envers les ressources éducatives de l’école de la vie [1] qu’une pause temporaire ou définitive dans une démarche d’apprentissage.

36702_415646884544_791794544_4398302_1270394_n.jpg

Dans ce contexte, une vieille question demeure d’actualité. Au lieu de faire marcher les élèves ou les étudiants au pas de méthodes scolaires homogènes ne vaudrait-il pas mieux les accompagner dans leur découverte des stratégies de l’autonomie, et les amener à valoriser des savoirs disciplinaires et méthodologiques vus comme un tout indissociable dans une perspective d’autoformation permanente ? Et pour convaincre des autorités scolaires, des parents, des éducateurs ou une partie de la population, prêchant souvent le retour aux sources, le concept doit engendrer des expériences concrètes et fructueuses.

 

1. Communautés de pratique et apprenante en parallèle

C’est ainsi que l’idée d’un projet de recherche intégrale et systémique (RAIS) [2] visant le développement d’une démarche d’accompagnement pédagogique axée sur l’autoformation et la collaboration me semble nécessaire [3]. Pour établir une base de communication plus égalitaire avec les étudiants, des enseignants, des tuteurs et des animateurs formeraient une communauté de pratique d’un style singulier dans une perspective de formation continue.

 

Des étudiants seraient au même moment invités à établir une communauté apprenante, et les deux groupes appelés à communiquer entre eux. Ainsi s’établirait entre les enseignants et les étudiants un rapport de type apprenant-apprenant, les deux groupes se distinguant essentiellement en termes de niveau d’expérience et de connaissances disciplinaires.

 

Voici quelques exemples de thématiques qui pourraient être considérées du côté des enseignants-apprenants :

 

 

  • Les passions des élèves et le plaisir d’apprendre ;
  • Les résistances du milieu scolaire à un usage ouvert du numérique (parfois même des résistances face au numérique tout court) ;
  • La communauté de pratique comme exemple de groupe de réflexion métacognitive ;
  • La veille technopédagogique : concepts, stratégies, outils ;
  • La scénarisation pédagogique impliquant les TIC
  • La création d’une banque de ressources technoéducatives ;
  • Etc.

Du côté des étudiants, les contenus abordés proviendraient des disciplines officielles, en lien avec les spécialités des membres de la communauté de pratique, mais largement inspirés de questionnements personnels.

 

2. L’accompagnement dialogal : Ne faites pas ce que je dis, mais faites ce que je fais.

Les membres des deux communautés pourraient alors échanger tant sur la dimension méthodologique de l’expérience que sur les contenus disciplinaires. Ainsi enseignants, tuteurs, moniteurs, etc., et étudiants élaboreraient conjointement un discours expérientiel sur l’art d’apprendre… à apprendre : faire un inventaire des besoins et des contenus à étudier, se définir des objectifs, prendre les moyens appropriés pour une étude efficace, se doter de grilles d’autoévaluation...

 

La pertinence des contenus choisis et étudiés par les étudiants ferait l’objet de validation de la part des personnes disposant d’une plus grande expérience du domaine, soit les professeurs.

 

Une grande part de l’apprentissage s’exercerait par le biais de collaborations à l’intérieur de la communauté apprenante à qui il reviendrait même de concevoir et de répertorier du matériel éducatif relié aux thèmes abordés, d’explorer cette documentation, de créer des exercices et de disposer le tout dans un parcours d’apprentissage numérique.

 

  • La création de parcours d’apprentissage numérique

Belearner, par exemple, est un outil en ligne à mi chemin entre le cumul dispersé d’objets d’apprentissage et les plateformes de formation en ligne. Le produit permet de définir des unités éducatives et d’y intégrer de façon séquentielle des médias comme des images, du texte, des vidéos et du son. Des éditeurs de tests permettent même de concevoir des questionnaires de compréhension à partir des documents choisis, en ciblant par exemple des aspects spécifiques des vidéos.

34368_415646594544_791794544_4398287_418012_n-copie-2.jpg

 

Les parcours d’apprentissage ainsi créés peuvent servir à des fins d’enseignement ; mais aussi à des projets d’apprentissage autodidacte, ce qui correspond davantage au besoin exprimé dans le présent article. L’usage des parcours peut être réservé à un seul usager, à des groupes précis ou ouvert à l’ensemble de la communauté du système, dans un contexte de mutualisation des compétences, selon les auteurs du produit. [4]

 

Notez que j’ai présenté Belearner à titre illustratif, et non à des fins promotionnelles. My Icourse [5] est un autre produit en ligne offrant des options qui répondent assez bien à notre besoin.

 

  • Un effet boule de neige pour une société apprenante

Trois composantes importantes de ce projet d’accompagnement pédagogique constitueraient des centres d’attraction majeurs : le dialogue et le partage d’expériences communautaires ; la maîtrise de contenus disciplinaires par le biais de l’autoformation et de la collaboration, et la production de parcours d’apprentissage que l’on ouvrirait éventuellement à l’ensemble de la population.

 

En effet, il y a fort à parier que les participants au projet seraient appelés à jouer un rôle d’agent multiplicateur auprès de leur entourage et à contribuer graduellement à la transformation de l’école, à l’établissement d’un mode de communication interinstitutionnelle et à un effacement graduel des murs des institutions au profit d’une meilleure exploitation éducative des ressources de l’école de la vie.

 

Conclusion

 

Cet article a proposé une méthode de rapprochement entre des enseignants, vus ici comme des personnes d’expérience ; et des étudiants aussi considérés comme des personnes d’expérience. Par le biais de communautés apprenantes, j’ai décrit brièvement une démarche d’accompagnement visant à aider des étudiants à acquérir des stratégies d’autoformation utiles pour exploiter l’abondance des sources d’apprentissage formel et informel présentes à l’école, en présence de la famille et des amis, au travail, dans les loisirs, etc. La réalisation de ce projet d’accompagnement pédagogique impliquerait la création par les étudiants de parcours d’apprentissage à l’aide des TIC. C’est par des gens qui conservent leur plaisir d’apprendre et qui posent des gestes en conséquence que le rêve de société apprenante devient réalité.

 

Texte : Luc Renaud M.A. Sciences de l’éducation

 

Références

 

[1] Renaud, L. (2012) Le Web 2.0 au service de la société apprenante

[2] Renaud, L. (2012) La recherche-action intégrale systémique (RAIS) au service de la personne et de la communauté humaine

[3] Renaud, L. (2012) Pédagogie ouverte : autoformation et collaboration

 

Par Luc Renaud - Publié dans : Éducation - Communauté : Education
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 12:10

educavox  Cet article est aussi publié dans ÉducaVox à l'adresse suivante: http://www.educavox.fr/formation/analyses-27/article/la-necessaire-lecon-0-et-les-tic

 

Un système éducatif à ouverture graduelle

 

Face à une classe d’adultes en langues secondes (L2) ayant, pour certains, l’habitude des formations de type centré sur les contenus, l’implantation d’une approche éducative socioconstructiviste avec les TIC peut se heurter à des résistances individuelles de nature philosophique, expérientielle et même organisationnelle. Ajoutons à cela une conception de l’apprentissage des langues reniant la valeur de la culture et de la communication et nous voilà en plein dialogue de sourds.

24-mqi-2012.jpg

 

Pour arriver à implanter d’une manière harmonieuse une méthode TIC ouverte, il nous faudra vraisemblablement faire preuve d’un recul stratégique, en mettant en place une structure plutôt fermée au départ, mais que l’on prendra soin d’ouvrir graduellement. La stratégie que je propose prend deux orientations : 1) permettre à chacun de bonifier son style d’apprentissage en tenant compte des exigences rattachées aux habiletés langagières en L2, et 2) assurer une mise à niveau des compétences linguistiques des étudiants et de leurs compétences en technoapprentissage. Ce processus débutera dès les premières heures de cours.

 

1- La bonification du style d’apprentissage de chacun

Les styles d’apprentissage se définissent comme des manières ou des préférences naturelles et individuelles d’apprendre. Plusieurs typologies ont vu le jour au fil des dernières décennies ; parmi lesquelles nous retrouvons, par exemple, les 4 styles de Kolb : accommodateur, divergent, assimilateur ou divergent (1). De leur côté, B. A. Soloman et de R. M. Felder (2) ont élaboré une grille de 8 styles placés en opposition : les actifs vs les réflexifs, les sensoriels vs les intuitifs, les visuels vs les verbaux ou encore les séquentiels vs les globaux.

 

D’autres typologies sont inventoriées et le sujet soulève de nombreuses questions (3, 4 et 5). Peu importe ; il n’en demeure pas moins que la fixation personnelle sur une manière d’apprendre pourrait théoriquement limiter le pouvoir d’apprendre une L2, compte tenu des particularités propres aux habiletés langagières et à la compréhension des règles linguistiques. Par exemple, un étudiant de style verbal aurait plus de facilité en production ou en interaction orale, alors que son camarade de style visuel ou réflexif comprendrait mieux les schémas explicatifs qui abondent dans les méthodes en autoformation. Comme la maîtrise d’une langue constitue un tout complexe, il y a alors intérêt pour un étudiant de se plier à un exercice de bonification de son style d’apprentissage.

 

Pour ce faire, je considère que la pédagogie par projet (6) de nature socioconstructiviste peut théoriquement répondre à ce besoin. L’approche offre à chacun la possibilité d’exercer ses forces et de se laisser influencer positivement au contact de manières de faire différentes des siennes. Encore faut-il pour cela être en mesure de communiquer minimalement en L2 avec ses pairs et comprendre les avantages de la pédagogie ouverte.

Par conséquent, je propose un déploiement graduel d’une pédagogie de projet qui prend la forme d’un système plutôt fermé au départ, mais qui fera preuve d’une constante ouverture menant à l’autonomie totale de l’étudiant.

2- La leçon 0 et la mise à niveau

Trois grandes formules éducatives forment la structure initiale du cours : la présentation, les exercices d’entraînement et la réalisation de projets. Les premières heures d’une formation respectera cet ordre pour faciliter l’acquisition des connaissances suivantes : identité des étudiants, mots de vocabulaire courant et quelques verbes et expressions utiles. Si les deux premières formules forment un duo plutôt traditionnel, c’est surtout la troisième qui prendra de l’expansion au fil des semaines, et qui puisera beaucoup dans les savoirs expérientiels des participants en les amenant aussi à exploiter des ressources extérieures à la classe.

a) La présentation des notions de base

La présentation des notions de base peut se faire à l’aide de projection d’images, de vidéos et de sons pris dans le Web selon les règles de l’approche communicative. Le tableau blanc numérique et même un dispositif de réalité augmentée (7 et 8) peuvent aussi être mis à profit. La présentation des personnages d’un jeu en ligne (House, M.D.) ou d’un logiciel L2 introduirait bien des notions comme les présentatifs et le vocabulaire de base décrivant la situation d’une personne.

b) Les exercices d’entraînement

En classe, les étudiants sont amenés à interroger leurs pairs à partir des notions apprises à l’étape précédente.

 

En laboratoire de langue, à la maison, à la bibliothèque, etc., ils pratiqueront ces données à l’aide d’exercices disponibles dans des logiciels ou dans une banque d’exercices en ligne, comme Bonjour de France. Un synthétiseur vocal les aidera à atteindre de meilleures performances en compréhension orale de mots de vocabulaire. Des exercices de phonétique pourront se compléter par l’enregistrement d’énoncés à l’aide d’un enregistreur numérique.

 

Un retour en classe permettra de vivre diverses expériences de théâtralisation ou de production libre, conformément à l’approche communicative habituelle.

Jusque-là rien de bien différent. Mais…

c) Les projets

… Il importe dès le début du cours d’initier les étudiants à la pédagogie par projet. Pour ce faire, voici quelques exemples possibles reliés aux compétences linguistiques, thématiques et socioculturels à réaliser pendant les dix premières heures de la formation, approximativement.

 

- Projets de type linguistique

  • À l’oral, les meilleurs exercices écrits et sonores réalisés à l’entraînement peuvent constituer une banque d’énoncés partagée aux autres étudiants par le biais d’un site Internet, offrant ainsi les premiers contenus en L2 d’une communauté apprenante naissante. Avec des débutants, il s’agit ici d’un répertoire de phrases simples ou de courts dialogues à rendre disponible dans un site Web ; j’y vois là les prémisses de projets collaboratifs beaucoup plus élaborés ;
  • dans ce même esprit d’entraide et de réalisation d’une œuvre collective, des étudiants peuvent construire une fiche de grammaire ou des planches de vocabulaire et d’exercices interactifs avec un éditeur de quiz comme Hotpotatoes ou Netquiz ;
  • un recueil de présentations de soi et de phrases courtes tirées d’échanges sur un microblogue comme Twitter (9) est aussi envisageable à ce niveau ;
  • etc.

Mais l’apprentissage d’une L2 déborde largement le domaine linguistique.

 

- Projets de type thématique ou socioculturel

  • Sur le plan thématique ou socioculturel, un album photo commenté pourrait aussi faire l’objet d’un miniprojet TIC d’un groupe de débutants en L2 à l’aide de Flickr ou de Facebook, ou même de PowerPoint à défaut d’accès à des ressources en ligne. Chacun y inscrit des informations de base sur un pair : l’identité de celui-ci, son pays d’origine, sa profession, etc., bref des contenus abordés au cours des premières heures de la formation. Si des étudiants refusent d’être pris en photo, celles-ci pourraient être remplacées par un avatar ;
  • dans le même esprit, une photo de famille, fictive ou réelle, avec VoiceThread comprendrait des commentaires écrits ou oraux. Comme cela a été fait dans un cours d’espagnol, ce projet peut s’inscrire dans un contexte de jumelage de classe ;
  • un autre projet consisterait à concevoir une carte géographique électronique intelligente des pays d’origine des étudiants à partir d’une option d’association images et mots d’un éditeur d’exercices comme NetQuiz ;
  • des élèves plus autonomes pourraient concevoir leur arbre généalogique à l’aide du logiciel en ligne La ligne du temps.

Graduellement, le pôle d’attention bifurquerait du côté de ces projets, des capsules de présentation et des exercices d’entraînement devenant des outils à leur service. Le succès d’une telle évolution systémique nécessite des périodes de réflexion métacognitive et d’échanges entre les acteurs impliqués dans le cours.

3- La réflexion sur la pratique et la collaboration

Il est relativement courant de demander aux étudiants de passer un test visant l’identification de leur style d’apprentissage avant d’entreprendre une formation en ligne ; ce qui permet, entre autres, d’identifier avec plus de précision le mode de formation qui leur convient : les travaux asynchrones, les exercices en autoformation ou les dialogues en synchrone par le biais d’un outil de Webconférence (VIA, Adobe Connect Pro) ou de chat (Skype, MSN). Dans certains cas, le test donnerait aux candidats de bons indices quant au réalisme de leur réussite scolaire , compte tenu des difficultés inhérentes à ce type de formation.

 

Ce qui est vrai pour le distanciel devrait l’être aussi pour le présentiel. En fait, la bonification d’un style d’apprentissage devrait débuter dès les premières séances de cours pour répondre aux impératifs de l’ensemble des habiletés langagières et des connaissances linguistiques à maîtriser en L2. Dans le cas d’étudiants de niveau débutant, cet exercice de réflexion portera plutôt sur leur vécu dans divers miniprojets, une fois qu’ils auront acquis la capacité de s’exprimer minimalement, vers la dixième ou la vingtième heure de formation.

 

Question de poursuivre la mise en place d’un contexte d’apprentissage hybride, les étudiants pourraient devoir répondre à un questionnaire élaboré à l’aide d’un outil de sondage en ligne comme Survey Monkey et être amenés à commenter leurs choix, une fois en classe.

 

Conclusion

 

Croyant à la pertinence de l’apprentissage expérientiel (10) et aux liens étroits entre la langue et la communication, j’ai tout de même proposé dans cet article une structure de cours accordant la place initiale à des formules éducatives comme la présentation et les exercices d’entraînement. Pourtant, je sais que les bases de communication nécessaires à la réussite de projets peuvent très bien s’acquérir en autoformation par le biais, entre autres, d’exercices et de formation en ligne, contrairement à l’approche présentée ici. Il faudra voir mon geste comme une forme de repli stratégique destiné aux formations en classe.

 

J’ai surtout voulu faire preuve de sens pratique en vue d’assurer le déploiement d’un système éducatif appelé à s’ouvrir graduellement mais sûrement, en tenant compte des heurts que peut occasionner une pédagogie ouverte à contresens des habitudes scolaires d’une clientèle adulte et des règles de fonctionnement de certains établissements d’enseignement. Pour ce faire, j’ai insisté sur la nécessité d’initier les étudiants à la réalisation de projets dès les premières heures de leur formation, et à l’échafaudage des bases d’une communauté apprenante. De plus, je prévois attentivement des moments de réflexion métacognitive visant, entre autres, la bonification de styles d’apprentissage.

 

Si cette réflexion concerne les débutants, je m’attaquerai aux niveaux subséquents dans d’autres articles, sous l’angle d’un système déjà plus ouvert. Qu’il me suffise pour le moment de référer le lecteur aux textes déjà publiés dans ÉducaVox et dans mon blogue (Le blogue de Luc R) s’il souhaite un aperçu de projets destinés à des étudiants des niveaux intermédiaire et avancé (12).

 

Texte : Luc Renaud, M.A. Sciences de l’éducation, le 24 mai 2012

(1) Collège Frontière (2012), Les styles d’apprentissage

(2) C@D Bloc 1 - Mieux se connaître comme apprenant, En route vers la réussite !Passeport pour l’avenir…

(3) Association canadienne d’éducation de langue française (ACELF), Les styles d’apprentissage

(4) Chevrier, J.(2000),Université du Québec à Hull, Québec, Canada Problématique de la nature du style d’apprentissage

(5) Portail de ressources éducatives, psychosociales et d’exercices scolaires, Styles d’apprentissage

(6) Dugal, M. (2008) La pédagogie de projet (Notes de cours)

(7) Renaud, L. (2012) La valeur ajoutée de la réalité augmentée (RA) en éducation

(8) Renaud, L. (2012), TIC, Web 2.0 et réalité augmentée dans un scénario d’apprentissage, dans EducaVox, le 8 avril

(9) Renaud, L. (2012), Pour une application pédagogique réussie de Twitter, dans ÉducaVox, le 23 mars

(10) Renaud, L. (2012) Le Web 2.0 au service de la société apprenante

(11) Ressources informatiques mentionnées dans cet article :

·         Tableau blanc numérique, enregistreur numérique, synthétiseur vocal, PowerPoint, Twitter, Facebook, Skype MSN, Twitter

·         Dispositif de réalité augmentée, House, M.D. (Le jeu) Bonjour de France Hotpotatoes, Netquiz, Flickr La ligne du temps VIA Adobe Connect Pro Survey Monkey VoiceThread

(12) Exemples d’activitésou de projets destinés à des étudiants des niveaux intermédiaires et avancés en L2. (Articles de Luc Renaud)

·         Le jeu d’aventure électronique de type grand public en langues secondes

·         Se donner le mot dans un loft hanté en langues secondes

·         Un projet de webzine en langues avec Facebook

·         Des idées pour une formation en ligne d’une communauté apprenante

Etc.

Par Luc Renaud - Publié dans : Éducation - Communauté : Education
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 22 mai 2012 2 22 /05 /Mai /2012 03:03

Les jeux d’aventure ont bien changé au cours des quinze dernières années. La technologie 3D a remplacé les vrais acteurs et les jeux se sont démocratisés. À l’origine, ils constituaient de purs casse-tête joués par d’uniques fanatiques. Je me rappelle les commentaires d’un adepte de Myst, version XYZ, qui se donnait comme défi de compléter une partie en une année. Récemment, une petite visite dans les boutiques de jeux m'ont montré qu’il existe actuellement peu de produits pour PC, en comparaison des jeux pour PSP, Nintendo, Wii et pour les consoles portables.

Dans cet article, je m’obstine et m'intéresse aux jeux pour PC que l’on retrouve en magasin avant de décrire une expérience de nature plus collaborative de nature éducative avec un jeu de type Aventures et objets à trouver.

1)      Les jeux pour PC

Ce qu’on trouve sur le marché se divise en quatre grandes catégories : les jeux de simulation comme les célèbres SIMS qui, semble-t-il, survivent au passage du temps. Les joueurs y définissent des personnages et y établissent des relations humaines semblables à celles de la vraie vie. Donnent-ils raison aux détracteurs du monde virtuel qui accuse celui-ci de constituer une sorte de paradis artificiel au même titre que les drogues; ou bien, permettent-ils, au contraire de réfléchir sur le sens des relations interpersonnelles, et conduisent-ils à des remises en question utiles sur la vie?

 

Dans le même étalage se retrouveront les imbattables jeux de combats, reprenant les contextes guerriers du passé, ou bien ceux de mondes imaginaires, futuristes, largement inspirés de la guerre des étoiles ou de luttes contre les forces maléfiques. Ces jeux comprennent des manuels de trucs et d’astuces volumineux à se procurer séparément. Puis viennent des jeux plus intellectuels comme Mahjongs.

J'ai jeté mon dévolu sur les jeux de type Aventures et objets à trouver qui garnissent une bonne moitié des étagères visités. Il s’agit d’une combinaison d’une intrigue parsemée d’énigmes à résoudre, de scènes comprenant des objets à trouver – du genre Où est Charlie? -, de casse-tête classique et de puzzles quasi indéchiffrables. Les thèmes abordés tournent généralement autour de mystères surnaturels (loup-garou, vampire, démon, réincarnation, fantôme et esprit frappeur), des enquêtes policières de type Agathie Christie ou Sherlock Holmes, de fantaisies historiques comme Rome, L’Égypte ancienne, Nostradamus, Leonard Da Vinci, etc.  

D’ordinaire, le joueur est appelé à des allers-retours interminables dans les diverses scènes du jeu, à la recherche d’une pièce essentielle ou dans le but d’y faire des rencontres de personnages. Les versions actuelles des jeux lancent encore ce type de défis aux joueurs. Toutefois, ils offrent aussi un mode de jeu détente à partir duquel des indices servent quasiment de GPS, qui facilitent grandement la navigation dans les diverses scènes et accordent la permission de passer un puzzle jugé trop compliqué pour continuer d'évoluer d’un niveau à un autre.

2- Une expérience collaborative

Avec une ado, j’ai passé récemment une période totalisant une dizaine d’heures dans une partie concernant un manoir hanté, configurant le jeu sous ce mode détente. Mon objectif? Encore une fois, mieux comprendre le potentiel éducatif de ce type de produit sous l'angle d'une réflexion sur la pratique. J’ai pu faire quelques observations ayant trait à des styles d’apprentissage différents,  aux relations humaines et à des acquis sur les contenus abordés.

a)      Des styles d’apprentissage différents

Pendant la partie, je traversais les scènes de manière chaotique, animé du désir de vivre l’intrigue, de manière sécuritaire, et celui de faire des rencontres mystérieuses. Face aux divers puzzles, j’avais tendance à faire quelques tentatives et à rechercher quelques indices dans le journal de mission avant d’appuyer sur le bouton Passer, pour éviter d’être bloqué dans l’avancement du jeu. J’avais aussi tendance à employer le bouton Indices pour me guider dans plusieurs de mes déplacements, surtout rendu à la moitié de la partie. De fait, je désirais réellement explorer le jeu en y consacrant une période de temps limitée. J’admets toutefois avoir été captivé par l’enquête au point de vouloir me rendre à la fin de la partie coute que coute. Contrairement à mes pratiques d’avant, qui consistaient à employer des solutions sur Internet, je me suis rendu compte que le jeu comprenait en soi les outils nécessaires pour se rendre au bout sans cela.

En contrepartie, l’ado qui m’accompagnait désirait comprendre tous les détails de l’intrigue et lisait avec beaucoup d’attention les moindres informations repêchées pendant la partie, quitte à relire même chacune des pages du journal de mission. Pas mal pour une personne qui ne comprenait pas en quoi la lecture, en général, peut être une activité intéressante! Cette personne lisait aussi attentivement chacun des mots des objets qu’il fallait recueillir dans les scènes, et cherchait à résoudre les puzzles à partir de réflexions et de recherche d’informations, avant de passer. Tout comme moi, elle éprouvait de la hâte à se rendre à la fin de l’aventure.

b)      La dimension relationnelle et les acquis

Je me suis rendu compte que nous échangions beaucoup d’informations verbales pendant la partie. Lors de la recherche d’objets, nous prenions le temps de mentionner à voix haute l’objet recherché ou l'image le représentant. Nous nous donnions aussi beaucoup d’informations de nature spatiale reliées à l’ordonnancement des items dans une page de jeu. Fréquemment, nous échangions nos points de vue respectifs et hypothèses sur les évènements. À cela s’ajoutent plusieurs exercices de définition et de description, beaucoup d'anticipation, de réflexion logique, etc. Ma compagne de jeu prenait aussi le temps de lire à voix haute les informations du journal de mission et de récapituler sa compréhension de l’intrigue.

À la suite de la partie, elle m’a affirmé qu’il lui était primordial de bien comprendre le sens de ses lectures en tout temps, sans quoi elle se sent vite perdue et démotivée. Or, de toute évidence, le jeu et notre collaboration auront permis l’ensemble des tâches sociocognitives énumérées précédemment, sans jamais avoir l’impression de vivre une expérience scolaire. Elle reconnaîtra avoir appris beaucoup de nouveaux mots et avoir découvert des contextes historiques des plus intéressants.

 

 

Conclusion

Après avoir fait part aux lecteurs du blogue de Luc R de ma vision des jeux d’aventure en éducation, j’ai voulu en vivre une expérience entière sous les traits d’un jeu collaboratif. De toute évidence, l’aventure s’est révélée riche tant sur le plan de l’identification de différences de styles d’apprentissage que sur celui de la relation et des acquis concrets. Je me demande ce qui en est des autres catégories de jeux pour PC, particulièrement les jeux de simulation comme les SIMS, et des consoles portables.

Texte : Luc Renaud, M.A. Sciences de l’éducation, le 22 mai 2012

Références

Le jeu d’aventure électronique de type grand public en langues secondes

Le jeu éducatif en langues secondes 

Des jeux, encore des jeux... Doit-on s'en préoccuper?

Jeux : Réincarnations, les vies passées , Shadow Wolf Mysteries : La Malédiction de la Pleine Lune , House, M.D.

Jeux éducatifs : Jeux pour apprendre le Français , Polar FLE

 

Renaud, L. (2012) Bienvenue au 21e siècle! Si passifs que ça la télé et les jeux vidéo ?

Renaud, L. (2011) Le jeu : une tendance pathologique ou ludoéducative

Par Luc Renaud - Publié dans : Technologie/Médias - Communauté : Blogueurs du Québec
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Profil

  • Luc Renaud
  • Le blogue de Luc R
  • Arts Société Éducation Reportages Entrevues
  • Technopédagogue / M.A. Sciences de l'éducation / Certificat Technologie éducative / Baccalauréat Arts (Communication)

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés